Le droit à la déconnexion : quels enjeux pour les salariés en France ?

par le 09 février 2018
Catégories : Digital RH Management

La déconnexion symbolise la séparation entre les univers professionnel et privé, et prend désormais tout son sens avec l’accroissement de l’utilisation des outils connectés dans l’univers professionnel. Aujourd’hui ce n’est plus au sens imagé qu’on l’utilise, mais également au sens propre.

En effet, selon l’Ugict-CGT , 3 cadres sur 4 utilisent leurs outils en dehors de leur temps de travail et 30% ne se déconnectent jamais.

 De nombreux cadres (42.7%) en emploi déclarent une forme de culpabilité à ne pas se connecter pendant leurs vacances, avec pour principales raisons invoquées, les obligations professionnelles ou encore l’anticipation d’une surcharge de travail au retour des vacances.

Les heures de connexion peuvent illustrer ou être utilisées comme une qualification de charges de travail excessive (comme à la BPCE) avec une exposition à un stress permanent. C’est pourquoi on parle désormais d’infobésité (surcharge informationnelle, surinformation désignant l’excès d’informations reçues qui ne peut être traiter ou supporter sans porter préjudice à la personne ou à l’activité).

Certaines entreprises, telles qu’AREVA ou avec la convention SYNTEC, ont choisi des mesures drastiques pour répondre à leur obligation de veiller à la santé mentale et psychiques et garantir le droit au repos de leurs employés en configurant leur serveur avec des heures de déconnexion automatiques et des destructions systématiques de mails reçus en cas d’absence.

Il est cependant apparu que certains salariés se rabattent sur l’utilisation d’outils numériques personnels, exposant véritablement la confidentialité des informations et la sécurité de l’entreprise.

L’enjeu de concurrence du temps d’attention disponible

La normalisation de la connexion au travail pendant les heures de vacances (50% des actifs qui se connectent ne rencontrent pas d’opposition de la part de leur proche), engendre parfois une obligation tacite d’efficacité et de disponibilité, variable en fonction du statut du collaborateur.

Les conséquences sociales d’une connexion spontanée aléatoire impliquent, à l’image du volontariat du travail les dimanches ou jours fériés, un sentiment d’obligation de s’aligner pour rester compétitifs.

Dans quelle mesure l’accès à la connexion est-il véritablement consenti par le collaborateur ?

Francis Jauréguiberry, chercheur et spécialiste de la déconnexion met en avant que les pratiques de déconnexion demeurent individuelles et que tous les employés et cadres ne sont pas égaux dans leur latitude et leur capacité à mettre ces pratiques en œuvre. De façon exagérée, certains ont le pouvoir de se déconnecter, et donc d’imposer aux autres leur inaccessibilité, alors que d’autres ne l’ont pas et exigent une disponibilité d’écoute permanente.

L’incohérence d’une méthode unique

Si le besoin de statuer est apparu comme une forme de protection des salariés, il se heurte aux disparités managériales dans les entreprises et aux prérequis spécifiques pour chaque type d’activité. La rigidité de certaines méthodes peut ainsi s’avérer pénalisantes pour des structures ou le bon équilibre entre savoir vivre vertical, mais aussi horizontal fonctionne.

La France est le seul pays à avoir légiféré sur ce sujet avec L’article 25 de la loi El Kohmri qui statut sur la sensibilisation à « la bonne mesure » des outils numériques à compter du 1 janvier 2018 (pour les entreprises de plus de 50 salariés), notamment par des chartes, la configuration d’outils ou encore l’exemplarité des managers.

Il est important pour les entreprises de se positionner, afin d’anticiper au mieux les comportements excessifs d’abus d’utilisation des connexions car 88% des cadres estiment que la Qualité de Vie au Travail n’est pas un enjeu suffisamment pris en compte par l’entreprise.

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